L’HAD et la sédation à domicile

Médecin coordinateur de l’HAD (Hospitalisation à domicile) du Mans, le Dr Benoit Chagneau présente, de façon pédagogique, le fonctionnement et les spécificités de ce dispositif. Il met également en lumière les enjeux d’une sédation à domicile, et notamment sa réversibilité.

Dr Benoit Chagneau

Dr Benoit Chagneau

L’organisation d’une HAD

L’Hospitalisation à Domicile (HAD) permet à des patients nécessitant des soins importants ou une surveillance rapprochée de retourner à leur domicile. C’est une prescription médicale, établie soit par un médecin hospitalier soit par le médecin traitant du patient. Une équipe soignante d’HAD se compose d’un médecin coordinateur, d’une infirmière coordinatrice, d’infirmières (salariées ou libérales), d’Aides-Soignantes, d’une assistante sociale et d’une psychologue. L’infirmière, éventuellement accompagnée d’une aide-soignante en fonction du patient, passe une à deux fois par jour chez chaque patient d’un secteur donné. Une infirmière est d’astreinte 24h/24 pour régler les problèmes techniques ou de soins. Le médecin coordinateur ne remplace pas le médecin traitant du patient qui reste en responsabilité. Cependant, le médecin coordinateur, diplômé en soins palliatifs, peut venir en appui technique du médecin traitant si celui-ci le désire. A noter que la moitié de notre activité sur Le Mans sont des accompagnements de soins palliatifs au domicile.

Actuellement beaucoup de patients finissent leurs jours dans les hôpitaux ou les cliniques, et le domicile n’est plus le lieu principal d’accompagnement du proche jusqu’à la fin, et les EHPAD (Etablissement d’Hébergement pour Personnes Agées Dépendantes) ne le sont pas toujours autant qu’il le faudrait pour le confort des résidents. A noter que l’HAD peut intervenir pour soutenir dans des situations de fin de vie les équipes d’EHPAD.

L’HAD permet d’apporter tout le matériel d’une chambre d’hôpital au domicile du patient, de même que tout matériel nécessaire aux soins d’hygiènes. Il est également possible de mettre en place l’ensemble des médications d’accompagnement pour le confort du patient.

 Les spécificités de l’HAD

Il arrive que le patient et l’entourage ne soient pas prêts à être envahis par du matériel médical, à transformer sa chambre en une chambre d’hôpital. Les passages quotidiens des soignants peuvent également être difficiles à accepter pour toutes les personnes vivant avec le patient. Ce lieu du soin est une spécificité à prendre en compte. Le patient est chez lui, il n’est pas locataire de sa chambre comme à l’Hôpital. De ces passages quotidiens dans l’intimité de la famille, un lien se tisse, lien d’une proximité particulière.

Un autre aspect est le sentiment d’insécurité que ressent le patient ou l’entourage. Dans un service d’hôpital, il y a toujours un soignant présent. En HAD, l’astreinte répond au téléphone et peut se déplacer si besoin mais les délais peuvent être de plusieurs dizaine de minutes. Dans la journée, le médecin traitant est joignable et le médecin coordinateur également. En dehors des heures ouvrables le régulateur du SAMU a accès au dossier informatique du patient. Cette insécurité peut également être ressentie par le soignant qui est souvent seul pour gérer les situations. Il faut anticiper le plus possible les problèmes.

Ce lieu de la prise en soins particulier qu’est le domicile, impose de construire le projet d’HAD avec le patient et l’entourage avant la sortie du service prescripteur, éventuellement en lien avec le médecin coordinateur et l’infirmière coordinatrice si des difficultés méritent une rencontre préalable.

A la lumière des points développés ci-dessus (lieu du soin, acceptation de la médicalisation du domicile, proximité des soignants, sentiment d’insécurité potentiel pour le patient, l’entourage et les soignants), nous percevons bien la spécificité de la prise en charge en HAD.

Et la sédation ?

Il est techniquement possible de pratiquer une sédation à domicile. Mais cela est-il souhaitable ? La singularité de chaque situation doit nous amener à la plus grande prudence. La réponse ne peut pas être certaine ou tranchée. L’arrêt d’un échange entre le patient et son entourage est une décision grave. Cette décision déjà difficile à prendre dans un service hospitalier, l’est d’autant plus à domicile si l’on reprend les points cités ci-dessus.

L’isolement relatif du patient et de son entourage, qui n’est comblé que partiellement par les passages des soignants, nous amène à considérer attentivement la question de la réversibilité de la sédation.

Il n’est pas question ici de poser un avis sur le bien-fondé de cette réversibilité actuellement en question dans le projet de loi. Mais bien de revenir à l’essentiel de notre action de soin qui est l’écoute attentive de nos patients en y associant également les questionnements de l’entourage. A partir de cette écoute, il est mis en lumière les contradictions, les peurs, les non-dits. Alors il sera possible d’élaborer un accompagnement vrai, en se gardant de vouloir idéaliser le soin (conception toujours subjective), mais juste en permettant au patient d’être en vérité.

Dans cet espace, le lien entre le patient et son médecin de famille est au centre. Le médecin coordinateur et son équipe peuvent avoir un rôle de catalyseur si besoin, sans s’imposer.

Une réflexion au sujet de « L’HAD et la sédation à domicile »

  1. Vincent Flurin

    Merci à Benoit Chagnon pour cette article d’un homme de terrain, car les considérations philosophiques loin des réalités sont souvent stériles.
    Il convient d’abord d’être à l’écoute du malade s’il est encore en état de s’exprimer et de sa famille la plus proche. Il faut rester en vérité et ne jamais prendre de décision dans la précipitation. Toujours avoir à l’esprit qu’on ne connaît ni le jour ni l’heure.
    La pire erreur est de vouloir tout maîtriser particulièrement la vie et la mort.

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